« J’ai deux mamans », Témoignage

2 Mar
recueil de témoignage de fils et filles d'homosexuels

Témoignage anonyme trouvé sur le site « Girls »:

Je crois que j’ai vraiment réalisé que je n’étais pas une petite fille comme les autres quand j’avais 7 ans. Jusque là, je n’avais jamais vraiment réfléchi au fait d’avoir deux mamans et pas de papa. Mais cette année-là, la maîtresse nous a expliqué que nous allions fabriquer un cadeau pour la fête des pères et ça m’a pas mal perturbée.
J’en ai discuté avec Maman et Isabelle et elles m’ont expliqué que j’avais bien un papa, Paul, que c’était lui qui m’avait faite mais que mes parents, c’étaient elles deux. Que parfois, on pouvait avoir deux mamans ou deux papas mais que ça ne changeait rien, qu’on était une vraie famille et ça m’a rassurée.
Depuis, à chaque début d’année, elles prennent rendez-vous avec la directrice ou les profs pour réexpliquer notre cas et faire en sorte qu’on ne me prenne pas la tête quand je ne remplis pas la case « Métier du père » ou ce genre de choses. Donc, au primaire ça se passait bien, et comme mon oncle Fabien passait souvent à la maison il y avait aussi « une présence masculine » dans ma vie, comme dirait mon psy. Ah oui, car quand on est enfant dans une famille homoparentale, tout le monde s’en mêle et on a fortement conseillé à Maman et Isa de me faire suivre par un pédopsychiatre. Maintenant je ne veux plus y aller mais c’est vrai que ça m’a permis d’évacuer ma colère et ma frustration quand je suis entrée au collège.
Quand j’ai débarqué en 6ème, des rumeurs ont commencé à circuler sur moi et les grandes gueules de la classe se sont mises à me harceler. J’ai vite compris que quand ils me demandaient : « Il est où ton père ? » je n’avais pas intérêt à répondre que je ne le connaissais pas et que mes parents étaient homos. Mais du coup j’avais beaucoup de mal à me faire des copines car je me méfiais de tout le monde. Pour être tranquille, je ne voulais pas parler de ça. Mais mes parents s’inquiétaient pour moi, elles s’étonnaient que personne ne m’appelle jamais, que je n’invite personne à la maison. Je crois qu’elles ont commencé à culpabiliser parce qu’elles sentaient que je me renfermais sur moi-même. Et c’est vrai que je n’arrivais pas à assumer la situation.
Un jour, je ne sais toujours pas comment, quelqu’un a appris la vérité et ça a été le début de l’enfer.
Certains garçons ont commencé à se moquer de moi et à me traiter de « mini-gouine » ou ce genre d’insultes. Ils dessinaient des trucs dégueulasses au tableau en mettant des flèches avec écrit « les mamans de Virginie » dessous. Tout ce qui les intéressait c’étaient les détails sexuels. J’avais honte, parfois je pleurais.
J’ai demandé à changer de collège et l’année suivante j’ai pris la résolution de dire que mes parents étaient morts et que j’avais été adoptée par ma tante. Ca restait suffisamment vague pour satisfaire la curiosité et décourager les questions. J’avais honte de ne pas être comme tout le monde mais en même temps j’étais fière de mes parents et je culpabilisais : elles sont courageuses, elles assument et elles, elles m’ont toujours dit la vérité.
Plus ça allait plus je m’en voulais de ne pas accepter qui j’étais.
L’année dernière, elles m’ont proposé de rencontrer d’autres filles et garçons élevés par des couples gays et ça a été une révélation. Ils vivaient les mêmes choses que moi ! Ils ressentaient la même fierté et la même gêne. Certains cachaient à tout prix leurs origines mais Noah, un des garçons, avait décidé d’affronter les critiques et les réflexions. Quand on lui posait des questions, il devenait tout de suite hyper provoc’ : « Ouaih, mes parents sont pédés, ça te pose un problème ? ». Je l’ai vu faire avec des gars qui le cherchaient et je suis restée scotchée : on sentait qu’ils étaient à deux doigts de le taper mais il en rajoutait: « Ca t’intéresse ? Tu veux qu’ils te présentent des potes ? Si ça te branche, j’ai des adresses ».
Sans oser être aussi agressive que lui, j’ai compris que la meilleure des défenses restait l’attaque.
Quand je suis entrée au lycée, j’ai décidé de ne plus avoir honte. Je réponds sans détour et maintenant, quand on me pose des questions, ça n’a plus rien à voir. Les gens veulent savoir si ça me manque de ne pas avoir de père, qui a été enceinte de moi, pourquoi c’est maman et pas Isabelle qui m’a portée, comment ils avaient « casté » mon père etc… Je crois que mon attitude décourage les moqueries. Bien sûr, il y a toujours des abrutis pour me dire que mes parents sont des malades, que c’est une honte qu’on laisse « ces gens-là » avoir des enfants ou que je vais forcément devenir gay moi aussi mais au final, la meilleure des réponses c’est de rester cool. Je m’étonne moi-même chaque jour : j’étais tellement timide et maintenant je suis bien, je me sens forte et même parfois spéciale.
Mon histoire attire forcément les gens, en bien ou en mal, et je ne suis plus jamais une simple ado. Il faut aussi que j’apprenne à me protéger de ceux qui me voient comme une bête curieuse, le monstre de foire qu’on exhibe à ses soirées pour se la jouer cool, genre : « Regardez, moi je n’ai aucun a priori, je suis trop branchée d’avoir une copine fille d’homos ». Ca m’est déjà arrivé, exactement de la même façon que certains cherchent à devenir pote avec le gothique ou le marginal. C’est vraiment nul. Au lycée, je suis donc soit la tordue soit une sorte d’héroïne mais je dois avouer que ça me plait bien. Et ça, c’est vraiment nouveau !
Il y a un mois, j’ai eu 15 ans et Maman et Isabelle m’ont proposé de rencontrer Paul, mon père biologique, si j’en avais envie. Je ne sais pas trop quoi leur répondre, je crois que c’est important mais ça me fait vraiment flipper. J’ai peur de le décevoir. Et peur d’être déçue aussi, j’ai tellement fantasmé ce qu’il est que je risque forcément de déchanter. C’est peut-être encore un peu tôt, après tout, je ne m’accepte moi-même que depuis un an !

Daté du 21/10/2011

Si certaines personnes qui nous lisent ont aussi un témoignage à proposer, elles sont les bienvenues!

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2 Réponses to “« J’ai deux mamans », Témoignage”

  1. ingrid 2 mars 2012 à @ 18:35 #

    j’ai commencé a faire comme ces deux mamans mais en lisant cet histoire, je me dis que le plus dur arrive pour ma petite crevette. J’espère qu’elle aura le courage de surmonter ce qu’il l’attend. Je flippais déjà, maintenant c’est pire! C’est une belle leçon de courage que celle-ci.

    • Les Crapulettes 2 mars 2012 à @ 23:09 #

      Ne t’inquiète pas Ingrid, comme tu vois, elle s’en sort la petite, c’est ce qui forge un caractère. Le tout c’est qu’elle soit bien entourée.

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